Post élections
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"Les urnes ont parlé" selon l'expression consacrée. Et que disent ces oracles modernes ? Rien que de très prévisible pour les Cassandre d'aujourd'hui : les français, du moins une large fraction d'entre eux, sont des salauds. Au sens sartrien, s'entend. La machine à faire peur a bien fonctionné, et un homme a pu faire préférer à des milliers d'autres la voie de "l'ordre" (ne pas oublier que pour ces gens là, "une injustice vaut mieux qu'un désordre") à celle de l'engagement dans leur propre vie. Et l'on assiste à ce prodige étonnant : des gens votent contre eux-mêmes. Qu'on leur dise : "contre vos heures de vie perdues, vous gagnez un salaire de misère, travaillez donc plus pour améliorer votre ordinaire minable, votre piètre paie ; après des années de labeur, travaillez encore pour rendre suffisante votre retraite dérisoire", et ce n'est pas la colère qui se lève en eux mais un incompréhensible soulagement, une reconnaissance dont ils témoignent avec ferveur, dans les enveloppes mais aussi sur les chaînes nationales (qui ne le seront bientôt que trop), zélées propagatrices de ce sentiment trouble et un peu masochiste.
Que faire dès lors ? Beaucoup d'entre nous se sentent accablés, mais ne sont-ce pas nos propres renonciations que nous payons aujourd'hui ? Un tel vote témoigne des peurs ataviques que la société, l'éducation ne contribuent plus à combattre : celle de l'autre, celle du manque. Si c'est bien par ignorance que les gens votent ainsi, ne restent que deux solutions à ceux que le résultat du 06 mai 2007 consterne : le repli misanthrophe ou l'engagement.
Nous cherchons tous actuellement comment réagir. Soyons persuadés que quelles que soient les modalités de la réaction, celle-ci nous sauvera de l'amertume. Le 16 mai, Nicolas Sarkozy recevra l'investiture de Président de la République Française. Ce jour-là, il serait peut être bon qu'il sache à quoi s'en tenir quant à la moitié de la France qui n'a pas voté pour lui.